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La Minute Spirituelle s'est arrêtée début octobre 2023. Ce site conserve les 320 vidéos publiées et leurs transcriptions écrites.
Aujourd'hui je vous invite à découvrir mon Journal d'un chercheur spirituel, où je vous partage mes réflexions sur la vie spirituelle et l'amélioration de soi, l'état de nos sociétés et l'urgence de bâtir un nouveau monde, les héritages sacrés et les nouvelles impulsions.
L'auteur : Jérôme Nathanaël

L'éducation et la vie

Temps de lecture : 15 minutes
L'éducation et la vie

Les vacances d'été se terminent. Nous nous étions quittés fin juin sur la promesse de vivre pleinement les splendeurs de l'été et ce fut, différent pour chacun, un temps de disponibilité pour échapper aux contraintes de la vie professionnelle ou estudiantine, se rendre plus disponible à soi-même et aux autres, se ressourcer et renouveler ses forces. Et voilà que l'existence habituelle reprend son cours et que nos enfants retournent à l'école ! Je ne peux m'empêcher de penser qu'ils sont l'avenir du monde et que leur éducation est une chose délicate à laquelle nous devons réfléchir avec lucidité. Avons-nous conscience de l'impact, sur la constitution de leur personnalité et de ses modes de pensée, de cette périlleuse aventure qui les mène des premiers enseignements jusqu'à la maîtrise d'une profession qui décidera de leur place dans la société ?

Photo Lantsilli.

Les vidéos et leurs transcriptions : 1/6 | 2/6 | 3/6 | 4/6 | 5/6 | 6/6

Vidéo 1/6

Transcription :

Bonjour à tous,
J'espère que vous avez passé un très bel été, et je suis content de vous retrouver, après ces deux mois d'interruption de la Minute Spirituelle, durant lesquels, comme vous l'avez sans doute constaté, je vous ai concocté un site tout relooké, avec de nombreuses nouveautés que je vous laisse découvrir plus avant ! Nous voilà donc début septembre, c'est la reprise des activités courantes pour la majorité d'entre nous, et bien sûr le retour sur les bancs de l'école pour les enfants petits et grands !

Et comme la vie est pleine de clins d'oeil, alors que je réfléchissais à cette première quotidienne pour la rentrée scolaire, je suis tombé dans mes notes de lecture sur un passage d'un livre de Christian Bobin, ce grand auteur français récemment disparu, où il traite le sujet, avec cette écriture imagée dont il avait le secret et il nous dit, bien mieux que je ne l'aurais fait, des vérités dont il est bon d'avoir connaissance au moment de confier à nouveau nos enfants à l'école. Alors je vous lis, c'est tiré d'une sorte de conte intitulé "Le jour où Franklin mangea le soleil" :
« Les enfants sont des gens qui ne ressemblent à personne.
On les met dans les écoles pour qu'ils deviennent comme tout le monde.
L'école est une boîte qui ressemble à une maison.
On trempe l'enfant dans la boîte, on le laisse mijoter quatorze ou quinze ans dans la boîte, on le ressort, il a les yeux écarquillés d'être resté si longtemps dans le noir, on lui dit : bravo mon grand, te voilà comme tout le monde.
La boîte école, la boîte usine, la boîte travail, la boîte chômage, la boîte télévision, la boîte boîte ; aucune boîte ne marche, aucune boîte n'est assez bien fermée pour empêcher la vie d'entrer, et quand la vie entre quelque part, plus rien n'est pareil, c'est le grand désordre, le grand carnaval des couleurs.»
Voilà !

Bien sûr, il n'est pas question ici de retirer nos enfants des écoles, c'est un passage inévitable et nécessaire, mais bien d'avoir conscience de ce qui s'y joue, pour pouvoir, dans l'accompagnement que nous avons de nos enfants, leur préserver le plus possible la part de la vie et de la créativité. Mais nous y reviendrons dans la prochaine vidéo et je vous laisse y réflechir d'ici-là.
À demain !

Vidéo 2/6

Transcription :

Mettons-nous nos enfants dans les écoles pour qu'ils deviennent comme tout le monde, comme le dit Christian Bobin ? Alors que nous les aimons précisément parce qu'ils sont les nôtres et ne ressemblent à aucun autre... Mais nous voulons qu'ils apprennent à lire et compter, et acquièrent ensuite des savoirs et des diplômes, afin d'exercer un métier pour vivre en société... où ils seront finalement comme tout le monde, membres d'une nation, d'une culture et d'une histoire collective, comme assignés à résidence dans une des boîtes répertoriées et admises par l'époque et ses tendances, ou rejetés à la marge, hors du camp collectif, comme ces lépreux des temps anciens, s'ils n'ont pas réussi à se fondre dans les modèles recommandés.

Mais qu'advient-il, dans ce long processus d'apprentissage et d'identification à des normes et des identités collectives, de cet enfant incroyable et surprenant, pareil à aucun autre, qui est le nôtre et que nous aimons ?
Que deviennent ces aspects de lui-même qui le rendent unique et qui sont en lui le foisonnement de la vie, ses désirs, ses rêves, ses talents, j'allais dire son génie propre, si on accorde au mot génie une autre nuance que celle de devenir un nouveau Mozart ou un autre Einstein ? À quel renoncement devra-t-il consentir pour s'entendre enfin dire ce "bravo mon grand, te voilà comme tout le monde !" dont nous parle Bobin ?

Tous ces enseignements reçus ne sont-ils que des connaissances utiles pour se forger une compréhension éclairée et libre du monde, y trouver intelligemment sa place en accord avec son être intime et permettre ainsi une expérience de la vie dans toutes ses richesses ou orientent-ils leurs représentations, leurs goûts et leurs désirs dans une direction spécifique, celle d'une sorte de conformité aux dénominateurs communs de notre époque ?
Et nous-mêmes, ayant traversé cette éducation, du latin educatio, qui signifie "élever des animaux ou des plantes", sommes-nous conscients de son influence sur nos choix, nos attirances, voire nos amours ? Savons-nous la part de ce qui en nous est déterminé par cette éducation et la part de ce qui est une construction consciente de notre être ?

En essayant ainsi de clarifier le rôle de l'éducation reçue par nos enfants sur le développement de leur existence et sur leurs choix, c'est aussi notre propre direction de vie et notre liberté à la choisir que nous interrogeons. Et c'est également notre capacité à les aider à développer le meilleur d'eux-mêmes, pour atteindre un réel équilibre et accomplissement personnel, que nous augmentons à travers ce questionnement.

Vidéo 3/6

Transcription :

Si vous commencez à réfléchir honnêtement à toutes les influences conformantes auxquelles nous avons été exposés depuis notre naissance, vous vous rendrez compte que notre manière de comprendre le monde, de nous considérer nous-mêmes et d'être en relation avec les autres, sauf à avoir fait un très sérieux travail sur soi, dépendent essentiellement des exemples que nous avons eu sous les yeux dans notre quotidien et des contenus culturels qui nous ont été transmis.

La grande majorité des opinions humaines, si elles semblent variées, sont le plus souvent la répétition de ce que la personne qui s'exprime a entendu sans l'analyser, et a adopté parce que conforme à l'état d'esprit ou au ressenti de son groupe humain de référence ou d'habitude. Ainsi nous nous intéressons fort peu aux opinions différentes des notres, sauf en général pour les critiquer sans les avoir réfléchies.
Il en est de même pour nos comportements, notre manière de nous tenir à table, en société, de réagir à telle ou telle situation, dépendent plus de ce que nous avons acquis très jeunes par mimétisme auprès de nos parents et de notre cercle éducatif que de choix personnels et conscients.
Même les sentiments que nous avons à l'égard de tel ou tel sont profondemment influencés par nos années d'apprentissage et la plupart des personnes n'examinent pas cela, ce qui est la cause de nombreuses difficultés dans les relations humaines.

En effet durant toute notre enfance, puis notre adolescence et même notre âge adulte, la conformité à un groupe, qui nous donne un sentiment d'appartenance, nous assure nos relations sociales, celles qui conjurent un peu cette solitude si crainte, prime pour la majorité des humains sur le développement de leur être intime et de ses spécificités, dont ils perdent bien vite la trace, recouverte sous les habitudes acquises, tant au niveau mental, qu'émotionnel ou comportemental.
Et Krisnamurti, ce grand sage hindou du 20ème siècle, disait : "Cela commence à l’école et vous passez le reste de votre vie à répéter ce que les autres ont dit. Vous êtes donc des êtres humains de seconde main." Cette parole, un peu abrupte, nous alerte sur l'importance d'accepter de voir ce qui nous a peu à peu constitué et de comprendre bien sûr que ce processus est aussi celui qui va concerner nos enfants.
Plus nous comprendrons cela et plus nous pourrons les accompagner à travers tous les processus nécessaires de croissance et d'éducation tout en inventant comment les aider à persévérer dans leur être et à en concrétiser les richesses uniques.

Vidéo 4/6

Continuons notre réflexion sur l'éducation et la vie.
Nos enfants apprennent par mimétisme à calquer leurs comportements sur ceux des adultes, et ils adaptent inconsciemment leurs modes de relation avec les autres dans le but d'obtenir d'eux la satisfaction de leurs besoins essentiels, besoin de reconnaissance, d'amour, satisfaction de leurs désirs, sécurité et confort.
Cela commence dés le plus jeune âge, le bébé qui obtient immédiatemment les cajoleries de son parent dés qu'il pleure, et qui constate qu'en multipliant les manifestations d'insatisfaction il reçoit plus d'attention et de présence, peut, des années plus tard, continuer insconsciemment le même subterfuge, et ne cesser de se plaindre pour obtenir de ses proches ce qu'il considère comme son dû, l'attention à sa maladie, des égards particuliers à sa situation, etc...
L'enfant qui se fait gronder par ses parents, dés qu'il fait ou dit une chose inhabituelle ou inattendue, apprendra vite à mentir ou à se cacher pour continuer ses petites expériences, ou bien s'il constate que ses parents promettent par facilité des choses qu'ils ne feront ou ne donneront pas, comprendra rapidement que la parole donnée n'a, dans sa famille, aucune valeur et en tirera les conséquences.

Dans le milieu scolaire, il est exposé à ces mêmes adaptations et à bien d'autres écueils encore, à commencer par l'importance de la compétition et des résultats, la valeur accordée à la réussite scolaire, selon les critères d'excellence intellectuelle d'aujourd'hui, ou la surenchère dans l'habillement, avec les marques censées valoriser celui qui les porte ou être des signes de reconnaissance.
Tout cela engendre jalousies, rancoeurs, comparaisons permanentes et crée des relations extrèmement toxiques sur le plan spirituel, puisqu'elles découlent de la hiérarchisation des êtres selon des modèles culturels et renforcent le sentiment d'être séparé des autres et de devoir rechercher de manière quasi animale l'adoption et la protection du clan, réduisant les relations à des manières uniquement grégaires, d'où les phénomènes de troupeaux et de bandes.

Quant aux enseignements reçus, ils portent tous la marque d'une époque matérialiste où l'emprise du mental et de ses représentations éloigne d'une compréhension spirituelle et juste des phénomènes naturels comme des événements historiques, des cultures comme des langues.
Et voilà bien longtemps que les têtes de nos enfants, comme les nôtres d'ailleurs, ne sont plus censées être les chefs de leurs vies, permettant de réfléchir et d'élaborer du sens de manière critique et dialectique, acception dont on trouve encore une trace dans un mot comme couvre-chef, mais en effet uniquement des têtes, du latin "testa", qui veut dire pot, récipient, têtes à remplir avec des volumes toujours plus grands de savoirs intellectuels, déconnectés du réel, dont la bonne digestion garantira l'accès à un niveau social plus ou moins élevé.
Nous sommes là bien loin de la transmission de savoirs permettant de développer une compréhension éclairée du monde et de trouver la place accordée à son talent propre dans nos sociétés, malgré les efforts de nombre d'enseignants, conscients de leur responsabilité, qui essaient de remettre de la vie et du sens dans ce qu'ils transmettent.

Vidéo 5/6

Nous avons vu hier quelques uns des aspects, dans l'éducation parentale comme dans les relations éducatives et le milieu scolaire, qui peuvent être préjudiciables à une évolution saine et équilibrée de nos enfants. Il faudrait bien sûr approfondir cette réflexion mais mon projet, dans ces brèves quotidiennes, n'est que de souligner quelques points marquants et de vous faire réfléchir au cadre général et aux processus par lesquels l'enfant se construit, plutôt que d'entrer dans le détail.
Vous n'aurez aucune difficulté, si vous procédez à un examen attentif de ce qui se joue, pour comprendre les risques qu'il y aurait à ne pas compenser l'effet négatif pour nos enfants de se retrouver livrés à longueur d'année à un système éducatif qui ne privilégie que le développement mental, valorise uniquement la réussite intellectuelle et l'accumulation de connaissances, et propose l'éducation civique et l'apprentissage de la conformité à la règle commune, au détriment par exemple de l'éveil de la sensibilité, du développement des potentiels de chacun, de l'apprentissage de la bienveillance et de la gestion des émotions.
Car il ne s'agit pas à l'école que de transmettre des savoirs nécessaires, et plus nos enfants pourront augmenter leurs connaissances mieux cela sera, mais également de les mettre dans la boîte d'une certaine culture et de ce qu'il est bon de penser et de faire, pour reprendre l'idée de Christian Bobin.

Il est donc urgent qu'en tant que parents, nous mettions en place quelques principes et objectifs clairs dans l'accompagnement, et l'exemple que nous donnons à nos enfants.
Aidons-les d'abord à être le plus possible libres de cet esprit de compétition et de comparaison permanente qui existe entre les élèves, et faisons-leur comprendre que la valeur de leurs résultats vient des efforts qu'ils ont fait pour apprendre, et non d'une grille de classement qui ne peut tenir compte des spécificités de chacun. Évitons de créer chez eux des craintes à nous avouer leurs faiblesses, leurs difficultés ou leurs erreurs, que la peur de la punition ne vienne pas les inciter à mentir pour se protéger.
Apprenons-leur à ne pas juger ni rejeter celui qui se comporte, s'habille ou s'exprime d'une manière différente, mais au contraire à avoir l'humilité de lui rester ouvert. Apprenons-leur à pardonner les mauvaises paroles, les mauvais comportements et à chercher toujours la bonne entente avec les autres. Répondons avec franchise à toutes leurs questions et donnons-leur le goût de la réflexion critique et de prendre le temps avant de se forger une opinion.
Pratiquons-donc avec eux et en famille une manière d'être qui incite toujours à valoriser la vérité, la gentillesse, la conciliation et le goût du dépassement de soi et de l'effort.

Vidéo 6/6

J'ai évoqué hier quelques attitudes saines à pratiquer avec nos enfants, pour leur présenter d'autres exemples de comportements que ceux auxquels ils sont confrontés dans le milieu scolaire, et leur montrer qu'il est possible d'avoir d'autres types de rapports que ceux basés sur la concurrence, la jalousie, le mensonge ou le recours aux attitudes claniques. J'ai également souligné l'importance de les aider à développer une capacité à la réflexion critique et à l'approfondissement d'un sujet, plutôt que d'accepter sans examen une pensée ou une position à l'égard de quelqu'un, uniquement sur la base d'une culture, d'un on-dit ou d'un propos ex cathedra.
Il est nécessaire de leur apprendre à faire la différence entre acquérir, le plus largement possible, des connaissances et adopter les opinions qui correspondent à un milieu donné ou à une autorité quelconque. Il s'agit de les exercer à avoir une pensée libre et à s'autoriser à réfléchir parfois hors des sentiers battus, si nous voulons espérer qu'ils soient capables de créativité et d'innovation.

Je ne citerai qu'un exemple mais qui me semble majeur : tout le parcours éducatif, à quelque niveau que ce soit, habitue nos enfants et adolescents à penser qu'il n'y a pas d'autre moyen d'organiser la société que selon le système de la délégation de pouvoir à des élus, ni d'endiguer le mal dans le monde par d'autres approches que la loi, la répression et la prison.
Nul n'est censé penser que d'autres voies sont possibles sauf à être immédiatemment taxé d'utopiste, c'est-à-dire déraisonnable et ne méritant pas l'égard d'une réflexion. C'est ainsi que se trouve vite balisé l'espace que ce qui est dicible et recevable, qui correspond en général à ce qu'il est bon de croire pour perpétuer une sorte de status quo, qui évitera de dangereuses remises en cause.

Pourtant c'est d'abord par l'éducation de nos enfants que nous construisons l'avenir comme le rappelait Krishnamurti, ce grand sage indien décédé en 1986. Lors d'une causerie donnée en mai 1980 en Californie, il rappelait ceci : "S’il doit y avoir un quelconque changement social, il doit d'abord y avoir un type d’éducation différent, afin que les enfants ne soient pas élevés pour se conformer."
Mais si nous ne trouvons pas d'abord en nous cette liberté intérieure qui nous permette d'oser penser par nous-mêmes et d'examiner comment nous nous sommes construits, si nous ne cherchons pas d'abord en nous les énergies positives qui nourriront notre évolution pour nous remettre en harmonie avec tout le vivant, comment pourrons-nous apprendre à nos enfants à penser hors des modèles autorisés et à garder en eux ouvert tout le champ des possibles ?

© Jérôme Nathanaël

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