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La Minute Spirituelle s'est arrêtée début octobre 2023. Ce site conserve les 320 vidéos publiées et leurs transcriptions écrites.
Aujourd'hui je vous invite à découvrir mon Journal d'un chercheur spirituel, où je vous partage mes réflexions sur la vie spirituelle et l'amélioration de soi, l'état de nos sociétés et l'urgence de bâtir un nouveau monde, les héritages sacrés et les nouvelles impulsions.
L'auteur : Jérôme Nathanaël
Scientifique et philosophe de génie, Henri Poincaré, dont les travaux précurseurs des théories du chaos et de la relativité ont beaucoup influencé Einstein, disait : "C'est avec la logique que nous prouvons et avec l'intuition que nous trouvons."
Ainsi même la démarche scientifique utilise ces deux modes de la pensée en apparence opposés que sont l'intuition et la réflexion. Si l'une semble traverser l'esprit sans effort comme le "Euréka" d'Archimède, l'autre exige parfois le temps long et l'élaboration. Elles mettent en jeu des capacités différentes de la personne humaine et elles ont chacune leurs aspects positifs et négatifs dont il est nécessaire d'avoir conscience pour en faire le meilleur usage.
Comment pouvons-nous en comprendre le fonctionnement et les rendre complémentaires pour mieux les utiliser dans notre vie quotidienne ?
Photo Primipil.
Les vidéos et leurs transcriptions : 1/6 | 2/6 | 3/6 | 4/6 | 5/6 | 6/6
Pour aborder les sujets de l'intuition et de la réflexion, on peut faire appel aux neurosciences, aux écoles de psychologie ou aux théories philosophiques de la connaissance. Mon point de vue est celui de la psycho-spiritualité, qui explique l'être humain en intégrant sa dimension spirituelle et en lui proposant des outils pour réaliser ses potentiels les plus sublimes, l'amour inconditionnel et la conscience non-duelle.
Elle remarque que les capacités cognitives de l'être humain changent au cours de son évolution spirituelle et que la nature de l'intuition et de la réflexion seront différentes pour celui préoccupé uniquement de la satisfaction de ses besoins matériels et pour celui soucieux de réduire les souffrances de l'humanité. Chez l'un, leur fonctionnement relève des facultés humaines communes, chez l'autre il commence à s'imprégner d'aptitudes liées à l'éveil de ses centres émotionnel et intellectuel supérieurs, capables de dépasser les limites de l'individu.
Pour tous deux, l'intuition sera la réception instantanée et sans déduction d'une information, perçue comme une évidence, alors que la réflexion est un processus de raisonnement basé sur des connaissances et des expériences. L'une est passive et sa source inconsciente dépend de l'état spirituel de l'individu et sa perception de sa capacité d'ouverture, l'autre est active et résulte d'une manière de réfléchir et de comprendre qui varie selon les aptitudes intellectuelles, les connaissances et les convictions de la personne, c'est-à-dire le sens qu'elle donne à sa vie.
Intuition vient du latin intuitio, image réfléchie dans un miroir. Elle consiste à laisser se projeter sur le miroir de notre conscience une connaissance qui est déjà en nous, car reliée au flux infini d'informations de notre univers, où chaque point contient l'information de l'ensemble des points, selon les plus récentes découvertes scientifiques.
Elle dépend donc de notre capacité à garder ouvert le champ des possibles face à une question qui nous interpelle, sans interférence de notre pensée rationnelle et de nos connaissances, de nos émotions et de nos préjugés, de nos désirs et de nos pulsions. Elle grandira également à la mesure de notre connexion spirituelle et aimante avec tout le vivant, le monde naturel tout autant que nous-mêmes et l'humanité dans son ensemble. Si nous restons recroquevillés sur nos peurs et figés dans une vie mécanique et sans conscience, cette absence d'accès à notre plus intime et de mouvement intérieur d'ouverture durcit ce qui en nous devrait entrer en résonance, comme les cordes sympathiques d'un instrument entrent en vibration par sympathie avec des notes jouées à même hauteur.
Le mode intuitif est un processus cognitif à part entière, qu'il est possible de développer par des exercices, et qui aide alors à exprimer tout son potentiel créatif car, débarrassé de toutes contraintes, il libère de nouvelles perspectives et permet des pensées neuves. Si nous apprenons à l'utiliser dans notre quotidien, l'intuition facilite également dans des moments d'incertitude la prise de décisions et permet de mieux comprendre les situations et les personnes.
Nous utilisons l'intuition au quotidien, souvent sans en avoir conscience, dans des situations où, dépourvus d'informations précises, nous devons prendre des décisions rapides, comme par exemple quelle rue choisir au prochain carrefour pour me rendre à tel endroit dans ce quartier inconnu. Mais nous l'utilisons également pour des situations complexes sur lesquelles nous avons longuement réfléchi sans trouver de solution.
Nous décidons alors en dernier recours de nous en remettre à notre intuition, en espérant ne pas nous tromper, car, sauf à l'avoir longuement exercée, nous sentons qu'il y a un risque d'erreur non négligeable à nous fier ainsi à cet outil mystérieux. Car l'intuition reste suspecte dans nos cultures qui valorisent un certain type d'intelligence et considèrent que ce qui n'est pas quantifiable est susceptible de relever du charlatanisme. L'intelligence artificielle, qui permettrait demain selon certains d'écrire comme Victor Hugo ou Albert Camus, impressionne plus que la parole simple du jardinier qui n'a pas besoin de modèle mathématique complexe pour savoir intuitivement quel temps il fera demain.
Mais il est vrai que l'intuition peut donner de bien mauvais résultats, si elle est perturbée par des biais cognitifs liés à nos émotions, comme par exemple la peur du risque, du rejet ou de l’échec, ou à des croyances auxquelles nous voulons nous conformer ou encore à des préjugés qui nous enferment. Pratiquer l'intuition demande donc d'avoir acquis une bonne connaissance de soi grâce à une observation sincère de son fonctionnement et de pouvoir calmer notre agitation intérieure pour entendre clairement son propos.
Et si nous utilisions notre intuition pour éclairer notre réflexion et lui permettre d'aborder d'autres données que celles avec lesquelles elle s'est développée ? Si ce bel outil intuitif, affiné par une pratique lui permettant d'éviter les biais cognitifs que j'ai signalés, avait également pour fonction d'entrer en dialogue avec notre capacité raisonnante, qui court elle le risque de rester limitée dans le connu et de nous priver de l'aventure innovante de l'utopie ?
Le raisonnement fonctionne en effet le plus souvent à partir de nos acquis, de nos connaissances et de nos expériences. Il nous cantonne dans des modes de pensée et de représentation mentale que nous avons peu à peu adoptés, plus ou moins consciemment, particulièrement durant nos années de formation. C'est alors l'intuition bien utilisée qui peut nous permettre d'échapper à notre auto-conditionnement et à nos certitudes parfois bien orgueilleuses. Elle intervient pour éclairer des angles morts ou des impensés et nous ouvrir le chemin vers de nouvelles connaissances qui viendront renforcer ou modifier le message qu'elle nous a livré.
Car la raison a besoin de contradiction et de surprise pour se prémunir contre ses tares que sont l'enfermement dans des systèmes figés et la mort du questionnement, particulièrement à notre époque où elle est de plus en plus dévoyée à des fins mercantiles ou d'endoctrinement, qui sont contraires au respect même du vivant. L'intuition quant à elle, par sa simplicité et son immédiateté, pourra toujours s'en faire le porte-parole.
En découvrant l'étymologie du mot réflexion, qui vient du bas latin reflexio, signifiant «action de retourner en arrière», on en comprend mieux le sens. Notre réflexion fait en effet appel à tout ce qui nous vient de notre passé, nos connaissances, nos expériences et bien sûr notre héritage familial et l'imprégnation culturelle de notre milieu et de notre époque, que nous avons plus ou moins consciemment adoptés ou face auxquels nous nous sommes différenciés. Ils constituent le bagage dans lequel nous allons puisé pour éclairer notre objet et notre angle d'approche dépendra des convictions qui se sont construites dans l'interaction de ces différents aspects au cours de notre vie.
Mais si nous n'interrogeons pas la généalogie de notre manière de penser, de nos croyances et de nos représentations mentales, ou si elles se sont figées à une certaine époque et que nous évitons soigneusement de penser toute opinion différente de la nôtre, il est à craindre que notre réflexion se limite à mettre en action des automatismes intellectuels, qui ne sont en réalité qu'un usage très limité de cette extraordinaire capacité d'intellection qui est celle de l'être humain.
Car réfléchir peut nous ouvrir un espace beaucoup plus riche, si nous cessons de nous identifier à nos modes coutumiers afin examiner comment fonctionne notre pensée, et choisissons de l'enrichir en confrontant sur un sujet donné tous les points de vue possibles, même ceux éloignés du nôtre, pour pouvoir ensuite nous forger consciemment notre position.
En équilibrant les apports complémentaires de l'intuition et de la réflexion, nous pourrons avancer vers une connaissance spirituelle, qui intègre toutes les dimensions du vivant dans une approche unifiée et nous permette d'adopter une attitude juste avec nous-mêmes, le monde et les autres. Mais il est nécessaire d'avoir conscience des influences culturelles, des imprégnations mentales, des agitations émotionnelles ou des perturbations physiques diverses qui peuvent en perturber le fonctionnement.
Plus nous apprendrons par exemple à ne pas laisser s'immiscer la puissance de nos émotions dans le mécanisme de la pensée, meilleure sera notre réflexion et ses conclusions. Quant à l'intuition, plus nous deviendrons capables de lâcher prise sur nos attentes et nos préjugés, plus nous pourrons l'utiliser de manière fiable. Si nous réussissons peu à peu à réunir ses conditions, nous découvrirons qu'accueillir les messages de l'intuition permettra à notre réflexion, qui fonctionne uniquement à partir de nos acquis, d'échapper à son champ mental habituel et d'aborder de nouvelles perspectives.
La réflexion, capable de s'enivrer jusqu'à prétendre réduire la complexité de la vie à son invention mentale, devient sous le regard de l'intuition, plus humble et plus fluide. C'est alors sa puissance d'élaboration et ses capacités de déduction qui pourront décoder et interroger subtilement les propositions de l'intuition. C'est dans cette complémentarité que s'ouvre le chemin de la connaissance.
© Jérôme Nathanaël
Complément à lire : Développer l'intuition
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